Février.
Le mois du "Love", des cœurs en papier mâché et des dîners aux chandelles.
C'est mignon.
Mais si, pour une fois, on parlait de la relation la plus longue, la plus intime et souvent la plus toxique de ta vie ? Celle que tu entretiens avec toi-même.
Imagine la scène :
Tu vis avec quelqu'un qui te suit partout, 24h/24.
Dès que tu ouvres les yeux le matin, il commence : "T'as vu ta tête ? T'es fatigué, tu vas encore rater ta journée."
Quand tu proposes une idée en réunion, il te chuchote : "Tais-toi, tu vas dire une bêtise, ils vont tous voir que tu es une imposture."
Et le soir, quand tu essaies de dormir, il te repasse le film de tes erreurs en boucle.
Si un ami, un conjoint ou un collègue te parlait comme ça, tu aurais appelé la police ou porté plainte pour harcèlement moral depuis longtemps.
Pourtant, ce tyran, tu l'héberges, tu le nourris.
Pire : tu l'écoutes comme s'il était la voix de la raison.
Résultat ? Tu ne vois plus qui tu es vraiment. Le miroir est brisé. Tu ne vois que les éclats de doutes et le chaos qu'il projette.
Alors, en ce mois de Saint-Valentin, j'ai une proposition radicale : et si c'était le moment idéal pour signer les papiers du divorce ?
Pourquoi ton cerveau est-il aussi méchant ?
Avant de le virer, il faut comprendre pourquoi il est là. Non, ce n'est pas un monstre sadique.
Ce "Critique Intérieur", c'est la partie la plus primitive de ton cerveau (l'amygdale, le cerveau reptilien). À l'époque des cavernes, son job était simple : t'empêcher de faire n'importe quoi pour assurer ta survie.
Sortir du groupe ? --> Danger de mort.
Prendre un risque inconnu ? --> Danger de mort.
Aujourd'hui, il n'y a plus de tigres à dents de sabre, mais le mécanisme est resté bloqué.
Ton critique est comme une alarme incendie hyper-sensible qui se déclenche à 130 décibels parce que tu as fait griller une tartine.
Il veut te "protéger" de l'échec, du jugement ou de la honte en t'interdisant d'agir.
Le problème, c'est qu'il essaie de gérer ta vie d'adulte avec la maturité émotionnelle d'un enfant de 5 ans effrayé.
3 techniques pour lui couper le sifflet
On ne peut pas "tuer" une partie de soi (ce qui résiste persiste), mais on peut changer le rapport de force.
Voici comment passer de la soumission à la négociation.
1. La Dissociation par le Ridicule
Le piège, c'est de croire que cette voix, c'est TOI.
C'est faux !
Comme l'explique l'auteur Steven Pressfield dans La Guerre de l'Art, il faut traiter cette "Résistance" comme une entité externe, un ennemi qui cherche à t'empêcher de créer.
Pour le neutraliser : Donne-lui un prénom ridicule.
Appelle-le Jean-Michel, Gertrude, ou Kevin (Désolé si tu t'appelles comme ça).
La prochaine fois qu'il t'attaque avec un "Tu es nul", réponds-lui mentalement :
"Ah, tiens, c'est Jean-Michel qui fait sa crise. Merci pour ton avis, Jean-Mich', mais on a du boulot."
C'est mécanique : on ne peut pas avoir peur de ce dont on rit. Tu crées une distance immédiate.
2. Le Réglage Sonore
Le pouvoir de ton critique ne vient pas de ce qu'il dit, mais de comment il le dit. Sa voix est souvent grave, lourde, autoritaire, proche de tes oreilles.
Faisons un test de PNL, là, tout de suite (celui-ci demande de l'entraînement ou à minima une vraie attention posée à l'exercice) :
Pense à une phrase critique récurrente (ex : "Tu n'y arriveras jamais"). Écoute-la avec sa voix habituelle. Ça plombe, non ?
Maintenant, garde la même phrase, mais change la voix. Fais-la dire par Donald Duck, ou avec une voix sous hélium (façon Chipmunks), en accéléré, avec une musique de cirque en fond.
Essaie d'être déprimé ou stressé en écoutant Donald Duck te critiquer. C'est neurologiquement impossible.
En changeant la "forme" (les sous-modalités), tu brises l'autorité du "fond".
3. La Fermeté Bienveillante
Ton critique hurle parce qu'il a peur. Si tu l'insultes en retour, il hurlera plus fort. L'approche la plus durable, c'est celle de la "reparentalisation", très bien décrite par le psychiatre Christophe André (notamment dans Imparfaits, libres et heureux).
L'idée n'est pas de l'écraser, mais de reprendre le volant. Parle-lui comme un adulte calme parle à un enfant capricieux à l'arrière de la voiture (Dur, hein ?) :
"Je t'entends. Je sais que tu as peur qu'on se plante. C'est ok d'avoir peur. Mais ce n'est pas toi qui conduis. C'est moi. Et on y va quand même."
Accueille la peur, mais ne lui obéis pas.
Conclusion :
Arrête de discuter, agis.
Ce divorce ne se signe pas en un jour. C'est un entraînement quotidien.
Au début, Jean-Michel reviendra toquer à la porte. C'est normal.
Mais à chaque fois que tu utiliseras l'une de ces techniques, tu baisseras son volume.
Et c'est là que la magie opère. Quand le brouhaha du tyran s'apaise, tu peux enfin voir autre chose dans le miroir. Non plus les défauts, mais cette "fissure dorée", tes talents, ta résilience.
Alors, pour ce mois de février, offre-toi le plus beau des cadeaux : la paix royale.
🍿 Ressources
Pour t'aider à visualiser ce combat intérieur et à le gagner, voici des ressources incontournables
🎬 Le film d'animation : Luca (Disney+). C'est la référence absolue pour le "Naming". Le héros apprend à faire taire sa petite voix peureuse en lui criant "Silenzio Bruno !" (Promis, aucun lien avec moi !). C'est drôle et redoutablement efficace.
🎬 Le film : Le Discours d'un Roi. L'histoire vraie du roi George VI qui doit vaincre son bégaiement (son critique intérieur paralysant) pour parler à son peuple. Une belle leçon de résilience.
📚 Le livre de combat : "La Guerre de l'Art" (Steven Pressfield). Si ton critique t'empêche de créer ou de lancer des projets, c'est la bible à lire. Il t'apprend à voir la "Résistance" comme un ennemi extérieur à abattre.
📚 Le livre douceur : "Imparfaits, libres et heureux" (Christophe André). Pour ceux qui ont besoin de déposer les armes et d'apprendre l'estime de soi.
Besoin d'un médiateur pour le divorce ?
Si Jean-Michel (ou Gertrude) prend trop de place, qu'il crie trop fort et que tu n'arrives pas à négocier seul(e), il est peut-être temps de faire une séance de mise au point.
🧠 En séance d'hypnose, nous ne sommes pas là pour "bavarder", mais pour aller parler directement à cette partie inconsciente qui a peur. Nous pouvons modifier les réglages de l'alarme pour que tu retrouves le calme.